J'voudrais pas crever

Jvoudrais pas crever

16 mars 2005

Vertige de l'avant

       Le premier lundi j'y suis allé avec mes parents.Hauts plafonds,chaises aux dossiers immenses.Je me sentais minuscule,vulnérable.Il était assis en face de nous,comme entouré de plantes vertes;et il posait plein de questions.Ma mère répondait la plupart du temps,mon père un peu moins souvent.J'avais envie de pleurer.Pas de larmes,elles attendront que je sois loin de leurs regards,mais gorge si serrée que je ne pouvais pas parler.Je n'ai meme pas essayé.Je sais que prononcer le moindre mot aurait tout fait exploser.
En sortant de là,j'étais honteuse,triste.Je me sentais mal,physiquement et mentalement.
       Le deuxième lundi je devais y aller seule et j'avais peur.Les jeunes sortaient de leurs lycées,moi j'étais sortie comme une furie du collège,doublant ceux qui marchaient plus lentement.J'étais pressée.Ils allaient trainer dans les rues,peut etre réviser leurs cours,regarder la télé.Moi j'avais 15ans et j'allais chez mon psy.
Et ce silence qui revenait trop souvent.Ma mère n'était plus là pour répondre aux questions.J'étais seule,il était immense en face de moi.Je regardais ses mains,je regardais par la fenetre,j'évitais ses yeux.Il ne me quittait pas du regard.
Sortie de là,je me sentais comme plus légère.J'ai attribué ce soulagement à son art.Mais aujourd'hui je pense que j'étais heureuse que tout soit terminé.Au moins pour aujourd'hui.J'avais une semaine avant que le supplice recommence.
        Le troisième lundi j'étais toujours aussi anxieuse.Triste,morose,j'ai mis une fois de plus les pieds dans la salle d'attente.Il y avait une fille,un peu plus vieille que moi sans doute,penchée sur un livre.J'avais honte qu'on me voit là.J'ai attrapé le premier magazine venu pour me cacher le visage.Regardant l'heure toutes les minutes.Le coeur près d'exploser.Envie de fuir.J'aurais pu le faire,mais j'aurais eu des problèmes avec mon père.
Il est arrivé.Je l'ai suivi.Et puis j'ai essayé de remplir les blancs,d'une voix terne et basse.
          Le quatrième et le cinquième lundi il m'a demandé de lui raconter les reves que je faisais la nuit.J'ai eu la chance de toujours m'en rappeler avec précision,dans tous leurs paradoxes.Ca me faisait des choses à dire.Ca allait mieux.
Et puis il a conclu que dans tous revenait la notion d'injustice.J'ai réfléchis là dessus.C'était sans doute assez vrai.
       Le sixième lundi j'ai trainé dans les rues,fais exprès d'arriver en retard.J'ai parlé fort,je l'ai regardé dans les yeux.Rire,sourire,je sais faire.Oui je sais bien jouer la fille joyeuse quand il le faut.Quand dire le vrai est trop fatiguant ou trop déplacé.
        Le septième lundi s'est passé normalement.
       Le huitième lundi a vu ma délivrance,il m'a dit que j'avais l'air d'avoir résolu une partie de mes problèmes,qu'il avait confiance en ce ''mieux'',qu'il pensait arreter les séances là,que je pouvais revenir si ça allait pas...blablabla
C'était l'hiver quand je suis sortie.Il faisait nuit et les rues étaient déjà vides.J'avais envie de rire,de courir,de pleurer,de crier.
C'était fini.Je n'allais plus compter les jours qui me séparaient du fatidique lundi soir.Adieu salle d'attente,adieu murs,adieu chaises,adieu angoisse.
J'avais toujours aussi mal en moi.J'étais toujours MOI.Ca n'avait servi à rien puisque je n'avais pas collaboré.Mais je n'avais pas demandé à mettre les pieds là bas.Sentir que quelque chose n'allait pas chez moi m'a encore plus tourmenté l'esprit.
Quand j'ai dis à mon père que les séances s'arretaient là,il a eu l'air surpris.Il m'a regardé et m'a demandé'' ah oui?déjà?c'est bizarre...''
Je me sentais coupable.
Mais on en a plus jamais reparlé.

Posté par Petite conne à 19:13 - Commentaires [12] - Permalien [#]

Commentaires

    C'est quoi ce bordel aà la noix de mot de passe pour ton blog ! A MORT 20SIX !

    Posté par K`Tana, 26 janvier 2006 à 10:37
  • Je ne suis pas vraiment habilité à le demander, mais qu'est-ce qui, au juste, a motivé tes parents à t'emmener consulter un Siegmund ?

    En passant, je ne suis pas surpris que la consultation n'ait servi à rien : tu n'es ni psychotique, ni dépressive... et beaucoup trop intelligente pour ce genre de jeu.

    Peut-être eût-il été judicieux que le Siegmund passe un moment en tête à tête avec ton géniteur ? Allez savoir...

    Posté par Sherman, 17 mars 2005 à 00:54
  • Je ne me souviens plus vraiment du pourquoi et du comment dans cette histoire...on peut peut etre trouver ça étonnant mais c vrai.J'ai sans doute fait exprès de l'oublier.
    Pourtant je crois que c'est le directeur du collège,qui,pendant un rendez vous ou il avait voulu voir mes parents,qui l'avait conseillé.Et mes chers parents se sont laissés tenter par l'idée,espérant qu'ainsi ils me comprendraient mieux.
    On voit le résultat.

    Posté par petite conne, 17 mars 2005 à 09:59
  • Ça doit être terrible pour eux, tout de même, de ne pas savoir t'appréhender.
    En fait, on a l'impression qu'ils n'arrivent ni à te comprendre, ni à lâcher prise. Toi et eux, vous semblez interdépendants sans rien vous apporter - liés sans pouvoir communiquer.
    On dirait une famille rassemblée en silence autour d'un horrible secret, sauf qu'à l'évidence il n'y en a aucun. Juste une grosse ligne de faille. Et un beau gâchis.
    Je persiste à croire que tu as besoin de ta propre vie. T'exposer seule, quitte à risquer de faire quelques grosses conneries. Même qu'il n'est pas certain que tu en fasses. Je te devine plus robuste et responsable que même toi ne voudrais l'admettre. Tu mériterais d'avoir davantage foi en toi. Etre différente de la norme n'est pas nécessairement une tare. Les êtres d'exception n'ont pas d'autre choix que d'être différents.

    Posté par Sherman, 17 mars 2005 à 11:02
  • c'est marrant, moi quand au lycée la cpe m'a conseillé un psy, quand je suis rentré ma mère m'a engueulé et m'a crié dessus en disant que j'étais pas fou...c'est resté sans suite...
    je sais pas si j'en avais besoin ou pas, je sais pas ce qui se serai passé si on y était allé...aujourd'hui je me demande encore si j'en ai besoin ou pas...

    Posté par flo, 17 mars 2005 à 18:19
  • Mouais..sincèrement je pense que tu n'en as pas plus besoin que moi.De toute manière depuis cette histoire j'ai du mal à croire en leur métier...C'est à toi de savoir de quoi tu as besoin et quelles sont tes failles,c'est certainement pas un mec qui a fait 10ans d'études qui pourra t'aider.
    Et le ''t'es pas fou'' je l'ai connu aussi..,mon père passait son temps à me dire ''tu n'as pas de honte à avoir,tu sais aller chez un psy c'est pas etre folle hein?''.
    J'aurais préféré etre folle parce que j'aurais eu une raison d'y aller.

    Posté par petite conne, 17 mars 2005 à 19:10
  • oui...mais moi je ne me sent pas capable d'arriver à guérir les crevasses qui se sont formées là dedant...j'avoue, que comme toi, j'ai du mal à croire en l'utilité de ce genre de personnes et essaie d'avancer avec les gens qui m'entourent mais c'est compliqué...
    pour ce qui est du "t'es pas fou"...faut pas imaginer la situation dans le sens faut pas avoir honte, là c'était plutot l'inverse!ma mère avait honte, elle voulait pas entendre parler de ça et m'a engueulé comme si j'avais fait une connerie ce jour là...

    Posté par flo, 18 mars 2005 à 01:57
  • Petite conne, flo -> C'est comique, vos expériences dans l'approche de la psychothérapie sont exactement opposées. L'une s'y est fait entraîner par ses parents mais pour toutes les mauvaises raisons ; et l'autre avait peut-être une réelle demande et s'est fait rabrouer par sa mère - pour toutes les mauvaises raisons aussi. Sad tragic world indeed

    Posté par Sherman, 18 mars 2005 à 10:35
  • C'est hors sujet mais je n'ai que ce moyen pour evoquer mon ''déménagement''..
    Les aventures de petite conne ça continue ici

    http://www.20six.fr/petiteconne

    Canalblog me prend trop la tete,je divorce

    Posté par petite conne, 18 mars 2005 à 13:59
  • elodie

    Tu sai ce qui fau fair pour les mèr méchantes(qui tape)car moi je lui dit bète elle me tap!


    Elodie 10 ans

    Posté par Julien, 14 mai 2005 à 21:08
  • elodie

    Tu sai ce qui fau fair pour les mèr méchantes(qui tape)car moi je lui dit bète elle me tap!


    Elodie 10 ans

    Posté par Julien, 14 mai 2005 à 21:08
  • Tu t'amuses bien Julien..ça m'fait plaisir

    Posté par Petiteconne, 02 juin 2005 à 13:44

Poster un commentaire